silhouette of people

La question de l'ego au sein de l'existence

Comment se forme et évolue l'ego

12/27/2025

Nous avons défini l'ego dans l'article "La nature métaphysique de l'ego". Nous allons maintenant voir comment se forme et évolue cet ego.


1 - Comment se forme l’ego ?



L'ego identitaire se forme tout au long de notre vie (de nos vies) à travers nos expériences, notre éducation, nos relations. C'est ce qui fait notre identité, nos valeurs, notre image.


Au fil du temps, nous avons façonné un personnage qui existe individuellement, qui a un nom, des qualités, des talents, un rôle dans la société.


Cet individu s'est renforcé progressivement avec des croyances qu'il a intégrées, une société qui l'a formaté, une image de lui en comparaison des autres.


Au fur et à mesure, cette image et cette identité sont devenues une vérité. Nous y croyons fortement. Et surtout nous nous y attachons. Une vérité qu'on ne déconstruit pas du jour au lendemain.


Mais nous avons oublié une chose : c'est qu'une identité ne se construit finalement sur rien de solide.


- notre prénom a été "inventé" par nos parents

- notre éducation provient des "croyances" de nos parents

- notre histoire étant bébé ou l'histoire familiale nous ont été "racontées"

- l'enseignement scolaire se base sur les "décisions" des pouvoirs publics

- notre religion nous a été inculquée selon la "foi" de nos proches

- nos valeurs se sont fondées sur "l'idée" qu'on se fait de la vie


Notre individualité ne s'appuie que sur des concepts, des points de vue, des modèles. On est tellement façonné - et on y est tellement habitué -qu'on reproduit ce même ego, ce même rôle d'instant en instant.


Alors qu'à la base tout n'est qu'invention.


Mais où est le vrai ? Une fois qu'on a retiré de nous ce rôle, un rôle qu'on nous a "forcé" à porter, que reste-t-il de certain ? Que peut-on affirmer avec exactitude ?


Quelle est notre vraie nature ?


C'est alors que l'on peut s'intéresser à l'autre ego, la forme d'ego que nous sommes plus globalement, à un niveau métaphysique.


C'est à dire l'ego que nous sommes en tant que "forme", en tant qu'apparence matérielle, en tant que corps, en tant que construction mentale qui nous différencie du reste de notre univers.


Car finalement le véritable ego n'est qu'un ensemble de perceptions. Qu'est-ce qu'il est d'autre que des sensations, des sentiments, des concepts, des représentations ?


Oui, l'ego n'est pas de la matière. C'est une sensation de matière.


Aussi, la question est : comment se forme cette sensation ? Cet ego spirituel ?


Cette sensation, c'est ce qu'on appelle la conscience. Et on explique la conscience en étudiant le néant (voir l'article Au cœur du néant)


La conscience se produit du fait de l'opposition entre l'infinité potentielle du néant et son impossibilité.


La conscience limite. Elle démarque une frontière avec ce qu'elle considère comme extérieur à elle. Cela est une sensation, une observation, une croyance.


L'ego se croit "quelque chose" en opposition à autre chose qu'il ne considère pas comme lui-même. Cette autre chose qu'il considère comme extérieur à lui-même, il l'appelle "matière".


Mais la matière n'est jamais qu'une apparence et une sensation de matière.


Aucune matière tangible n'existe, la nature de la matière n'a jamais été expliquée scientifiquement. La matière est constituée de particules élémentaires en mouvement, autrement dit de l'énergie.


La conscience nous permet d'observer notre univers prenant forme, et notre corps (notre ego)


L'étude du néant et de son "impossible infinité" nous permet de comprendre comment se forme l'ego. L'opposition entre la possibilité et l'impossibilité du néant marque l'endroit de distinction entre ce qui pourrait être et ce qui ne peut pas être.


Cette opposition ne se fait pas un jour, puis s'arrête un autre jour. Elle a lieu tout le temps. Aujourd'hui. Maintenant. Toujours.


L'ego, tel que nous le concevons, est un concept, un ensemble de pensées et d'émotions, mais il n'a aucune réalité en dehors de notre identification à lui. Thich Nhat Hanh



2 - Pourquoi avons-nous un ego ? À quoi sert l’ego ?



Nous n'avons pas un ego. Et nous ne sommes pas un ego.


Nous sommes un être. Un être qui se croit un ego.


Alors, la question serait plutôt : pourquoi nous croyons-nous un ego alors que nous sommes un être ?


Nous sommes bien un seul Être au sens métaphysique. Un Être unique (il n'y a pas de séparation effective entre plusieurs egos conscients). Ce qui veut dire que nous sommes Un. Mais nous ne pouvons pas l'être au sens ojectif, nous sommes obligés de nous croire "finis"


L'infinité absolue ne peut être qu'un concept. Nous ne pouvons pas nous sentir l'être absolu infini.


Nous ne pouvons nous manifester que comme étant dotés de "limites" (aussi virtuelles que soient ces limites).


Autrement dit nous sommes réellement un seul Être (en potentiel), s'incarnant en une multitude d'egos illusoires


Même si ces limites sont illusoires, c'est le seul moyen qu'ait trouvé le mental (le conscient) pour ne pas sombrer dans l'infini néant. Infini néant qui est notre essence - en potentialité - mais qui ne sera jamais une réalité pour nous comme on l'entend.


La caractéristique de l'ego est de se sentir "fini". De se sentir "quelque chose" : de la matière, un corps, des particules, de la peau...


Ces limites sont fictives, pourtant elles nous semblent tout à fait concrètes et solides. Le mental est convaincu d'avoir affaire à une matière solide. Mais si on étudie d'un peu plus près cette matière, on se rend compte que c'est de l'énergie, rien d'autre.


Et donc, nous croyons avoir un ego (une identité, un corps...). Cet ego que revendique notre mental est obligatoirement vécu comme tel. Nous sommes forcés d'y croire car c'est le rôle même de la conscience de créer l'ego.


Parce que la conscience sépare. Elle est le fait de placer à l'extérieur ce qu'on ne peut considérer comme étant soi. Comme nous ne pouvons pas exister comme étant "l'être absolu", nous nous différencions (des autres, des objets, de tout) afin de nous donner une consistance, une réalité en laquelle nous croyons fermement.


Aussi, l'ego veut toujours se placer dans un cadre : naître, vivre et mourir quelque part, ressembler à quelque chose, vivre "sur" Terre, "dans" un univers, "au milieu" des autres. Il est indissociable de la notion d'espace et de temps.


Notre ego correspond à ce que croit notre être à l'instant T : ce qu'il est, ce qu'il n'est pas. Ce qu'il n'accepte pas, il ne l'est pas encore.


Sans l'ego, nous ne sommes pas. L'être ne peut se représenter que sous forme d'ego. Il n'y a pas d'un côté l'être et d'un côté l'ego. Tout est lié. C'est-à-dire que :


- l'être ne peut pas exister s'il ne s'identifie pas à un ego car il est obligé de se "délimiter". Sans être, c'est le néant, l'infini. Or, le néant se constitue de 2 principes contradictoires qui font que l'être - l'existence - est une obligation. Il n'y a pas d'"infini" possible, effectif. Il n'y a que des "finis". L'infini est et reste un potentiel.


- l'ego ne peut pas exister par lui-même, indépendamment. Il ne peut pas ressentir cette impression de séparation sans être dépendant de l'être. Sans être, sans conscience, il n'y a aucun moyen de sensation, perception, sentiment, impression d'ego.


L'ego, c'est "qui nous sommes"(en apparence).

Et l'être c'est "ce que nous sommes" (en réalité).


Mais les deux sont indissociables. Tout prend la forme d'un ego.


Grâce à l'ego, grâce à notre corps, à nos acquis, nous pouvons créer. Le corps est l'outil indispensable à la matérialisation de nos pensées et intuitions


Toute forme de création implique à la fois l'ego (la matérialité, la concrétisation) et le Soi (l'intuition). Nous sommes des créateurs. Nous sommes incarnés pour créer. La création sert l'évolution.



« L'ego est impermanent. Il émerge et se dissipe à travers les changements de la conscience. Ce qui est véritablement permanent, c’est le Soi, au-delà de l'ego. » Ramana Maharshi




3 - Un ego en constante évolution


On se définit par les rôles que nous jouons dans la société :

  • On joue le rôle de parent, enfant, grand-parent, sœur, frère...

  • On joue le rôle de boulanger, cadre, vendeur, notaire...

  • On joue le rôle d'artiste, écrivain, danseur, acteur, sportif, guérisseur...

  • On joue le rôle de leader, introverti, sensible, sociable, pessimiste...

Nous nous sommes déterminés comme tel, ici, maintenant, ou pour une certaine période. Mais rien n'est immuable, rien n'est arrêté.

L'ego n'est jamais le même d'un instant à l'autre. Il ne peut pas y avoir d'ego fixe, défini, arrêté. L'ego n'est rien d'autre qu'un processus en constante transformation. C'est pourquoi il est illusoire, même s'il semble bien concret.


Entre le début de cette lecture et maintenant, votre ego a déjà changé, puisqu'il a engendré de nouvelles connaissances. Qu'il les ait intégré ou non, qu'il y croit ou non, il n'en reste pas indifférent. Une remarque, une nouvelle réflexion, une critique émerge.


De même, votre peau a changé, un cheveu est tombé, vos ongles ont continué de pousser.


Même un rocher ou un cailloux change sans cesse, même si cela se voit moins. Il est façonné par l'eau, le soleil, la terre...


Les atomes qui constituent chaque organisme ne gardent jamais la même position. Les particules sont en mouvement constant, rien n'est jamais figé. Tout est impermanence. Cela veut dire que tout change tout le temps. Rien ne demeure. La seule chose qui demeure est l'évolution elle-même.


C'est pourquoi vouloir se définir en tant qu'ego est voué à l'échec.


Nous pouvons nous définir avec un prénom et un nom. Mais changer de nom ne change pas l'être.


Nous pouvons nous définir grâce à notre date de naissance. Les dates ont été inventées par les humains pour donner une consistance et une organisation au temps qui passe.


Mais le temps lui-même ne peut être mesuré. On a tenté de faire des calendriers sans y arriver (les mois ne font pas tous le même nombre de jours par exemple). Changer la date ne change pas l'être.


Nous pouvons nous définir par notre lieu de naissance ou de vie. Mais les communes, les départements, les régions.... sont des noms et des répartitions imaginées.


Où s'arrête concrètement un espace et où commence l'autre ? Changer de lieu ne change pas l'être.


Nous pouvons nous définir par notre profession. Mais mille et une autres tâches peuvent être rattachées à un métier. Où est la délimitation précise, et qui en a décidé ainsi ?


Il a fallu classer les professions par catégories, par classes, par tâches pour bien tout organiser. Mais ce ne sont que des tableaux. Heureusement, nous pouvons changer d'activité, de métier, acquérir des compétences. Changer de métier ne change pas l'être.


Bref, l'identification n'est jamais fixe. Seul l'être en nous est une réalité. Tout ce qui constitue l'ego n'est pas une réalité autonome, tangible. C'est une construction psychique, une fiction



Rien n'est stable sur la durée puisque tout change tout le temps (y compris notre forme matérielle). Si rien de ce qui constitue ne dure, cela signifie que l'ego n'existe pas, que c'est une illusion.


Nous nous croyons permanents parce que nous ressemblons à celui que nous étions il y a 5 minutes ou 1 semaine. En réalité, pendant ce laps de temps, beaucoup de choses ont changé en nous. Ce qui constitue nos cellules bouge tout le temps. Sans parler de nos pensées, sensations, émotions.


Nous voulons absolument posséder une identité propre et figée de notre naissance à notre mort. Parce que cela nous rassure, nous donne un cadre sans lequel nous serions perdus dans un vide angoissant.


Or, tout est changeant, notre ego mais aussi notre environnement. Vouloir être quelque chose de fixe dans un univers instable est contre-nature. De là proviennent toutes nos souffrances.


Si nous résistons au mouvement de la vie, nous bloquons tout processus et en souffrons inévitablement. La vie veut que nous changions. Alors suivons le mouvement.



« L'ego est un petit monde qui cherche à se rendre indépendant, mais il est toujours sous l'influence de forces inconscientes. » Carl Jung