two men talking

Exprimer son désaccord et se faire respecter

3/22/2026

J'ai été parfois confrontée à des situations où une personne produisait quelque chose qui m'énervait, que ce soit dans ses propos, son attitude, une décision prise ou un manque de respect.


Cela nous arrive à tous et nous exaspère au plus profond de nous, nous heurte, nous met en colère, ou encore nous rend triste et nous déprime. On se sent déprécié, ignoré et on peut repasser l'événement dans notre tête des heures et des jours durant, avec cette contrariété qui nous ronge les sangs.


Mais il existe un moyen de faire cesser cette rumination intérieure et de nous en libérer rapidement. Il s'agit d'aller parler avec cette personne. Non pour l'accuser, mais pour évoquer notre ressenti.


Depuis des années maintenant que j'utilise cette technique, je réussis à échanger avec les autres de manière fluide et à améliorer mes relations, notamment en cas de conflit ou d'incompréhension. Et ceci de plus en plus facilement à force d'y être confrontée.


Il s'agit de communication non violente (CNV). Je pense qu'on ne met pas assez en avant cette méthode très intéressante, peu connue et très peu utilisée dans la vie de tous les jours, et qui pourtant permet vraiment d'améliorer nos rapports sociaux, que ce soit au travail, en couple, en famille ou entre amis.


Je m'en sers dans mes relations professionnelles et personnelles. En cas de désaccord, la personne en face ne se sent pas jugée, prise à partie et donc ni stressée, ni énervée. De mon côté j'en ressors toujours avec un soulagement d'avoir dit les choses, une fierté et une vraie paix intérieure. Ce qui n'a pas de prix.


En voici les étapes :


1. Préparation intérieure.


Préparez-vous à avoir une attitude ferme mais ouverte, en vous imposant un minimum, mais à la manière douce.


Vous devrez adopter une posture de confiance, dos droit, épaules droites, regard levé. Vous devrez regarder la personne en face. Inutile d'être trop autoritaire, juste carré, juste savoir ce que vous voulez (vous faire entendre et vous faire respecter).


2. Aller au contact de la personne.


Lui demander de la voir en privé : "(Prénom), est-ce que je pourrais te parler s'il te plait ?"


Il pourrait certainement y avoir un effet de surprise venant de la personne, voir des personnes alentours, du style : "Qu'est-ce qu'il se passe ?". N'y prêtez pas attention.


Elle va peut-être tenter de reporter, d'esquiver... Mais insistez fermement : "Oui, maintenant."


Eloignez-vous du groupe, cela ne regarde personne d'autre.


3. Parler des faits : que s'est-il passé ?


Ex : "Hier, tu m'as demandé de faire..." ou "Lundi, quand je suis arrivé au bureau tu m'as dit ..."


Uniquement les faits. Ne surtout pas accuser la personne de quoi que ce soit.


Voire même débuter par une note positive si vous le pouvez comme : "J'apprécie que tu..."


Et exposer le principal, rapidement.


4. Exprimez votre ressenti propre et vos besoins.


C'est la phase la plus importante, vous pouvez prendre le temps de développer.


Il est primordial ici de parler en "Je". D'ailleurs, durant toute la conversation, essayez vraiment de ne jamais dire un "tu" ou "vous"qui seraient perçus comme accusateurs.


Ex : "Quand tu m'as dit ça, je me suis senti...(rabaissé, accusé, ignoré, rejeté, mal, énervé, triste...)", "Quand tu fais ça, je me sens..."


Vous verrez que de parler de cette façon engendre automatiquement un sentiment de compréhension de votre interlocuteur, voire de compassion et d'empathie, c'est assez bluffant, même chez des personnes au profil manipulateur et toxique.


Puis exprimez vos besoins : "J'ai besoin d'espace, de mon autonomie, qu'on prenne le temps de m'expliquer les choses, de ta présence à ce moment précis, de me sentir écouté.."


5. Sa réponse, sa réaction


Normalement, il vous dira :


  • "Je suis désolé si ça t'a laissé croire que..."

  • "Je ne pensais pas que..."

  • "Je ne me suis pas rendu compte..."


Mais il peut arriver aussi que la personne minimise les faits ou même qu'il vous renvoie la balle en revenant sur vous, comme si le problème c'était vous :


  • "Ah non, tu te fais des idées, je n'ai jamais dit ça"

  • "Ah, ce n'est rien ça, on ne va pas en faire un drame"

  • "Il ne faut pas se formaliser, dans ce secteur c'est normal"

  • "Tu n'as pas compris"

  • "Si maintenant on fait toute une histoire pour des détails..."


Là, il tente de remettre la faute sur vous. Tenez bon. Ne l'accusez surtout pas en lui disant '"Si, tu as fais ça" ou "Arrête de te comporter comme ça". Revenez aussitôt sur vos sentiments.


Dites plutôt (je sais c'est contre-intuitif, mais c'est important) : "Peut-être que j'ai mal compris ce qui s'est passé, peut-être que je me trompe, peut-être que je me suis fait des idées sur ce qui s'est passé, mais en tout cas, c'est ce que j'ai ressenti, je me suis sentie blessé.."


Ce n'est pas se rabaisser que de dire ça, c'est communiquer. Et c'est beaucoup mieux entendu par la personne en face.


6. Ce que vous attendez de cette personne


Parlez de vos attentes pour la suite. Évitez toujours d'utiliser le "tu" autant que possible. Ne dites pas "Tu dois arrêter de...", mais de manière plus générale :


  • "J'aimerais qu'on puisse travailler dans une bonne entente"

  • "Je ne demande pas qu'on soit "potes", je ne suis pas ici pour me faire des amis, mais je souhaiterais qu'on puisse communiquer de manière simple"

  • '"Désormais je souhaiterais juste le minimum de politesse requis"


Et de manière un peu plus ferme, j'aime bien cette phrase : "Je respecte les autres, donc je souhaite qu'on me respecte aussi." (Je parle toujours à la première personne "Je")


7. Obtenir sa validation


La personne peut aussi tenter d'esquiver, de fuir, de raccourcir cet entretien désagréable. Ne le laissez pas partir sans avoir obtenu une validation.


Une fois que vous aurez exprimé vos ressentis et vos attentes, demandez-lui :


  • "Est-ce que tu comprends ?"

  • "Est-ce que tu peux comprendre que ça m'ait blessé ?"

  • "Est-ce que c'est clair pour toi ?"


Normalement, à ce stade la personne ne cherche pas à vous manipuler et encore moins à vous agresser. Je n'ai jamais connu de problèmes en discutant ainsi de manière franche et directe.


En général la personne répond : "oui". Et c'est tout. Vous dites "ok". Et chacun repart à ses activités.


Trouvez un compromis, elle a aussi le droit d'exprimer son ressenti et son point de vue.


8. Conclusion


Rien que le fait d'avoir pris cette initiative d'oser interpeller quelqu'un sur ses actions, vous fera remonter dans l'estime des autres, car tout le monde n'a pas ce courage, loin de là. Les autres aussi vous respecteront davantage.


Cela ne veut pas dire que tout est réglé. La personne peut changer de comportement, rentrer dans un autre petit jeu, tenter de vous manipuler...


Le pire peut-être serait que la personne continue à minimiser les choses ou à vous ignorer. Cela ne m'est arrivé qu'une seule fois avec une collègue très toxique.


Dans ce cas, restez poli, courtois, même si par exemple elle ne vous dit pas bonjour le matin. Au bout d'un moment, avec certaines personnes manipulatrices, vous ne pouvez plus faire grand chose.


Mais au moins vous avez fait le job, vous avez tenté une action, vous avez essayer d'améliorer vos relations. C'est fait, vous êtes soulagé.


Et dans la plupart des cas, la personne en face se montrera plus respectueuse, plus à l'écoute.


Mais si une personne très toxique gravite autour de vous, malheureusement la seule solution possible peut être de partir. Même s'il peut arriver que, face à quelqu'un comme vous qui restez entier, vrai, sincère, ce soit plutôt elle qui ait envie de partir.